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Kikk Festival: entretien avec Marie du Chastel Design - 07 octobre 2020

Lancé, presque sur un coup de tête, par les fondateurs de Dogstudio, un studio créatif à l’intersection de l’art, des sciences et de la technologie, ce festival dédié à la créativité et à la culture digitale se veut un lieu d’expos, de conférences, de networking, mais aussi un marché d’innovations. Rencontre avec la curatrice de ce rendez-vous plus que jamais centré sur l’humain.

Le KIKK est un festival pointu de par sa thématique et accessible de par son approche. Vous êtes d’accord avec cette définition ?
La particularité du KIKK, c’est sa double programmation avec, d’une part, des conférences, destinées à un public de professionnels, sur l’art, le design, les sciences et les développements technologiques et, d’autre part, un parcours gratuit dans la ville à destination des familles qui permet, entre autres, de comprendre comment les artistes capitalisent sur ces nouvelles technologies. Ce programme éducatif figure au centre du festival. Son objectif est de démystifier ces thématiques pour amener les plus jeunes à s’y intéresser, mais aussi à susciter des vocations, voire des réorientations de carrière. Lors des précédentes éditions, certains scientifiques se sont découverts un intérêt pour l’art. Des architectes ont également eu envie de bifurquer vers le design. Ce croisement entre différentes disciplines est l’essence-même du KIKK. Lors de l’appel à candidatures pour la résidence d’artistes que nous organisons en parallèle du festival, nous avons pu observer à quel point les frontières entre ces différentes disciplines sont poreuses.

Un rendez-vous autour du digital pourrait prendre une tournure 100% virtuelle, vue la crise sanitaire du printemps dernier. Vous avez toutefois tenu à maintenir l’idée de festival.
En mars dernier, au début du confinement, la question s’est posée. D’emblée, l’équipe du KIKK a rejeté l’idée d’organiser ce festival en version totalement virtuelle. L’ADN de ce rendez-vous est en effet né des rencontres et des connexions qu’il génère. Nous ne voulions pas nous positionner comme un énième évènement en ligne. Si, lors du lockdown, les nouvelles technologies ont permis de continuer à exister en tant qu’artiste par exemple, la crise nous a aussi montré les limites de cette ultra connectivité. Sans compter que l’engagement du public n’est jamais le même lorsqu’une conférence est numérique. Notre but premier étant la transmission, ainsi que le côté convivial de l’évènement, ces deux aspects étaient incompatibles avec une organisation purement virtuelle.

Ce festival a pour ambition de secouer la capitale de la Wallonie. La ville est donc au cœur de votre programmation.
Pour les rendez-vous gratuits dédiés au grand public, nous ne disposons pas de statistiques, mais nous savons qu’ils attirent des participants issus de plusieurs coins de Belgique. Nous profiterons d’ailleurs de ce rendez-vous pour organiser la préouverture du Pavillon avant sa deuxième phase de travaux. Accessible pendant trois mois en marge du KIKK, ce futur musée namurois abordera les thématiques de l’intelligence artificielle et de la robotique. Véritable attraction touristique pour Namur, ce musée, d’abord organisé comme un popup avant d’être permanent, axera sa programmation sur les visites en familles.

En 2019, vous avez accueilli 35.000 participants issus de 50 pays. Comment expliquez-vous cet engouement ?
L’an dernier, 69% de notre public professionnel venait en effet de l‘étranger. Le succès du KIKK s’explique en partie par la quasi-absence d’autres rendez-vous du même type dans le monde. Il est rare que l’art, les sciences, les technologies et la société soient abordés lors d’un même évènement. Notre public cible, les 30/35 ans, sont connectés, ils voyagent. Preuve que même dans les secteurs liés au numérique, la rencontre physique reste primordiale.

L’autre particularité de cet évènement, c’est son approche festive. Une approche qu’on pourrait qualifier de « très belge » et qui séduit visiblement les participants étrangers.
Pour garantir cette atmosphère décontractée qui nous tient à cœur et qui nous différencie de certains rendez-vous du même type qui se tiennent ailleurs dans le monde, nous avons mis au point une série de conférences baptisée « What’s the Fuck », en phase avec cette idée de surréalisme à la belge. Puisqu’elle encourage la notion de partage, la philosophie open-source contribue à renforcer cette approche. Malgré le caractère très pointu de notre programmation, nous restons un festival ludique et convivial.

L’art est également un volet clé du KIKK. Comment ce secteur fortement touché par la crise peut-il capitaliser sur les nouveaux média d’expression liés au numérique ?
Les arts numériques englobent de nombreux domaines comme le bio art par exemple. Les nouvelles formes d’art dont il est question au KIKK mêlent l’art et la biologie ou l’astronomie. Si, ces dernières années, l’open-source a clairement élargi le champ des possibles, ces domaines restent complexes et nécessitent de très nombreuses phases d’expérimentation. Considérés, jusqu’il y a peu, comme « à part » dans le paysage artistique, ils figurent désormais dans les collections de plusieurs grands musées. C’est donc le moment ou jamais d’offrir aux artistes le temps, le matériel, les budgets et les partenaires scientifiques nécessaires à l’avancée de leurs travaux.

Parmi vos partenaires principaux, on compte WBDM qui vous a aidés à financer un bureau de presse à l’international, mais aussi La Niche, une agence spécialisée dans le design collaboratif, un autre projet des fondateurs de Dogstudio et du KIKK. La mise en commun de talents, est-ce votre leitmotiv ?
Avec le KIKK, nous souhaitons décloisonner les frontières entre art et science en faisant dialoguer des artistes, des scientifiques, des anthropologues... C’est de la fusion de ces différents points de vue que naissent des projets qui questionnent le monde dans son ensemble en abordant les thématiques phare de notre temps. Chaque projet dépasse l’idée d’objet esthétique pour prendre une dimension bien plus large et universelle.  

En tant que chef d’orchestre de ce festival, quel est votre point de vue sur le faible taux de présence féminine dans les métiers numériques ? Est-ce un cliché ? Une réalité ?
C’est une réalité qui s’explique, d’une part, par la peur des femmes de se lancer dans une carrière ultra concurrentielle où la misogynie est encore très présente et, d’autre part, par l’omniprésence des hommes dans les fonctions de commissaires d’expositions ou de directeurs de musées. En tant que programmatrice du KIKK, je fais en sorte de jouer la carte de la parité. Nous mettons un point d’honneur à offrir aux femmes, mais aussi aux conférenciers moins connus, une place sur notre scène principale. Ce n’est qu’à ce prix qu’on avancera dans la bonne direction. 

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