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Cromarbo : Le marbre à livre ouvert Design - 29 juin 2020

Depuis quatre générations, la famille Croonenberghs transmet sa passion pour le marbre aux architectes, designers et amoureux des matières nobles et porteuses d’histoires. Rencontre avec Isabelle Croonenberghs qui orchestre, avec son frère Bruno, l’avenir de Cromarbo, dont l’entrepôt installé à Rhisnes en Wallonie, recèle des plus beaux marbres, granits et pierres naturelles.

Depuis l’époque de votre arrière-grand-père spécialisé dans le traitement du marbre, le métier a changé. Comment définiriez-vous le vôtre ?
Dans l’ancienne usine qui, désormais, nous sert de showroom, les ouvriers de la société sciaient et polissaient des tranches de marbre brut. Aujourd’hui, nous ne transformons plus. Notre travail consiste à voyager pour dénicher les plus beaux blocs de marbre à travers le monde. Quand mon père était aux commandes de la société, il se fournissait exclusivement au Portugal et en Italie, à Vérone plus précisément, une ville qui, aujourd’hui encore, est la plaque tournante du marché du marbre. Plus récemment, le développement des outils d’extraction a permis d’exploiter de nouvelles carrières et d’ouvrir le marché. Nos marbres et granits viennent de Turquie, de Grèce ou d’Inde. Nous achetons les blocs tranchés, polis et adoucis. Notre rôle consiste à raconter – à livre ouvert –  l’histoire de ces pierres à nos clients que nous redirigeons ensuite vers un marbrier qui va les façonner. 

Comment expliquez-vous le regain d’intérêt pour ce matériau ?
La magie du marbre réside dans le fait que ces blocs, avec toutes leurs nuances et leurs spécificités, permettent d’obtenir un produit unique qu’on ne va retrouver nulle-part ailleurs. Une plaque de marbre est semblable à un tableau. Elle se suffit à elle-même. Certains clients qui visitent notre showroom ont parfois du mal à croire que certaines pierres, comme l’onyx d’Iran aux reflets orange chatoyants, sont le fruit du travail de la nature. Une géologie singulière qui a pris des millions d’années.

De quelle manière les designers usent-ils du marbre dans leurs créations ? Avez-vous observé une évolution ?
Nous remarquons en effet que certains créateurs font preuve de beaucoup d’audace dans leurs choix. Ils cherchent la faille, l’accident, ce qu’on pourrait considérer comme un défaut, mais que leur créativité parvient à sublimer. Le marbre fait d’incroyables cadeaux à ceux qui savent le regarder avec un œil différent. Son imperfection est source de beauté et de singularité dans un projet d’architecture.

Le marbre est aussi un matériau qui se décline sous des facettes très variées. Vous n’en proposez pas moins de 200 références, et chacune d’entre elles représente un voyage en soi.
L’attrait de l’unique et de l’exclusif est une tendance de fond. Avec mon frère, nous cherchons à proposer des produits rares et hors-norme. Cette approche comporte évidemment un risque. Certains blocs restent parfois dans notre showroom pendant deux ans avant qu’un client ne s’y intéresse. Mais quand un architecte choisit, par exemple, un marbre aux veines subtiles pour se créer un bureau, il sait que cette pièce constituera pour lui une carte de visite incroyable, hors du commun.

Dans le domaine du design, on parle plus que jamais de durabilité. Qu’en est-il du marbre ?
Grâce à sa très faible énergie grise, le marbre est, au même titre que le bois massif, un matériau particulière durable. À peine l’a-t-on extrait de la carrière qu’il est acheminé dans une scierie toute proche pour être scié et poli. Quant à son impact sur l’environnement, il concurrence toutes les autres matières, dont la céramique ou le composite de quartz, par exemple. 

Même s’il ne représente qu’une très faible partie de votre chiffre d’affaires, vous défendez le marbre belge. Pourquoi ?
Tout simplement parce-que le Gris des Ardennes, le Rouge Griotte et le fameux Noir de Mazy, un marbre rare et très pur extrait d’une carrière souterraine située à Golzinne, à proximité de notre showroom, font partie de notre patrimoine. Compte tenu de leur prix élevé, ces pierres sont réservées aux vrais passionnés, mais comme la mise à l’honneur des richesses et talents locaux est à la mode, il est logique d’y inclure ces trésors extraits de carrières particulièrement difficiles d’accès. Le marbre belge est un cadeau inestimable que nous voulons à tout prix défendre.

Vous travaillez en collaboration avec des architectes et des designers. Quel regard portez-vous sur la création belge ?
Ces dernières années, le marbre est très présent dans le travail des designers belges. Je pense notamment à Ben Storms qui a utilisé le Pur Gris des Ardennes pour sa table InVein. À l’occasion de la Collectible Design Fair en mars dernier, nous avons travaillé en collaboration avec Rico Bahr sur une série de tables qui étaient présentées sur le salon. Ces rencontres s’apparentent à des instants magiques. Dans les prochaines années, nous comptons d’ailleurs multiplier les collaborations avec quelques designers belges qui partagent notre amour du marbre.

En tant qu’historienne de l’art, vous cultivez outre votre métier, un projet plus artistique. Parlez-en nous.
Il y a environ un an, quand le sculpteur Félix Roulin a découvert notre showroom pour la première fois, il a été fasciné, tant par la magie du marbre que par l’authenticité du bâtiment industriel qui l’abrite. Suite à cette rencontre, nous avons décidé d’organiser une exposition de ses œuvres dans notre espace. Ce dialogue autour du marbre, c’est l’essence-même de notre métier, ce qui nous motive plus que jamais à aller de l’avant.

Interview par Marie Honnay

Plus d'infos

mycromarbo.com



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