Retour à la liste complète

Dirty Monitor: les Rolling Stones du Rockerill Design - 15 octobre 2019

Mauro Cataldo

Derrière un nom à la consonance sulfureuse se cache un studio dont l’audace, la créativité et l’esprit d’entreprise semblent n’avoir aucune limite. Mauro Cataldo, fondateur et directeur créatif de Dirty Monitor, nous a parlé avec passion de ce business 2.0 qui fait rêver les gens de Mons à Dubaï en passant par la Chine.

 

Votre studio est centré sur des techniques assez récentes. En 2004, lorsque vous avez démarré, n’étaient-elles pas encore qu’à leurs balbutiements ?
Je suis issu du milieu graphique. Pendant plusieurs années, j’ai travaillé dans le secteur de l’imprimerie. Puis, un jour, avec Denis Van Cauteren, cofondateur du studio, on nous a donné un vidéoprojecteur. Nous projetions des images insolites sur les murs de Charleroi grâce à la mise au point d’un petit logiciel tout en poussant les portes des clubs. Cette expérience de terrain nous faisait mieux comprendre la manière dont les gens réagissaient aux rythmes et aux images. Pendant ces années en boîtes de nuit, en bricolant pas mal, nous avons surtout beaucoup appris. C’est à ce moment que Franco Dragone a fait appel à nous pour l’un de ses spectacles. C’était le début de l’aventure Dirty Monitor.

D’où vous est venue cette passion pour la réalité augmentée ?
Ce qui m’intéresse, c’est l’alliance de plusieurs savoir-faire. Très vite, Orphée a rejoint la société en tant qu’associé. Ses compétences en architecture nous a permis de combiner plusieurs talents. Dès notre premier « mapping » qui consiste en la projection d’images géantes en 3D sur des édifices, nous avons pu proposer un mix d’images et de musique électro, un show qui s’apparentait presque à un concert.

Mons 2015Lorsque vous projetez une vidéo sur une cathédrale, le public s’enthousiasme. Vous considérez-vous comme des faiseurs de rêve, des artistes ?
Ce qui rend notre collectif différent des autres, c’est notre envie de satisfaire le public. Un peu comme un groupe de rock qui prépare un concert. Pour ma part, je ne me considère pas comme un artiste, même si, en tant que directeur artistique, je fais en sorte de casser les codes. Notre travail est hybride dans le sens où les bâtiments sur lesquels nous projetons nos images ne s’y prêtent pas du tout. Mais quand 100.000 personnes se déplacent pour voir un show – comme ça a été le cas à Mons – et que vous n’avez pu faire aucune répétition, vous devez assurer. Notre force réside dans notre capacité à opérer, en amont, une vraie réflexion technique centrée sur la 3D. 

Vous avez transformé la Corée du Sud en Pays des Merveilles, transcendé la façade de l’ambassade de Belgique à New-Delhi, sublimé le décompte du 31 décembre à Dubaï… Les fantasmes de vos clients sont-ils différents d’un pays à un autre ?
Je n’ai jamais fait de différence. Dernièrement, nous avons créé un aquarium au milieu du désert en Arabie. Les enfants n’en revenaient pas. Je pense que l’enchantement est universel. Si, d’une certaine manière, je m’adapte aux obligations des différents pays où nous travaillons, notre fil rouge, c’est l’audace. Le robot que nous avons créé pour Mons 2015 avait un côté méchant, un peu underground. Étonnamment, ce projet nous a servi de vitrine à l’international. Preuve qu’il répondait aux attentes du public à une échelle culturelle globale.

L’exportation de votre savoir-faire, c’était plus qu’une ambition. C’était une obligation, non ?
C’est vrai, même si le fait d’être belge est un sérieux atout. Nos clients étrangers apprécient notre jusqu’auboutisme. Ils nous disent souvent : « Voilà les Belges, nous sommes sauvés ». Même les Suisses, dont la marque Patek Philippe, apprécient notre travail. Il est évident que les projets monumentaux que nous réalisons à l’autre bout du monde nous enthousiasment, mais je suis aussi très attaché à mes collaborations avec le théâtre de l’Encre ou Charleroi Danse. 

 Votre équipe compte 24 personnes, jeunes, créatives, centrées nouvelles technologies… C’est quoi leur point commun ?
L’avantage de travailler en tant que collectif, c’est que nous pouvons orchestrer un projet dans sa globalité. Nous en sommes les producteurs à part entière. Dirty Monitor, c’est une équipe de dix collaborateurs et le même nombre de freelances. Je fais la passerelle, et en tant que directeur artistique, je dois imposer un état d’esprit, puis les laisser s’exprimer autour de ce canevas. 

Vous évoluez dans un secteur où tout va très vite. Quinze ans après vos débuts, quels changements significatifs avez-vous déjà pu observer ?
Je dirais… la reconnaissance. Lorsque nous étions en train d’évoluer dans le monde du « clubbing », notre réputation était parfois lourde à porter. Aujourd’hui, c’est différent. Nous sommes reçus dans les ambassades. La perception a changé et notre métier est apprécié à sa juste valeur.

Quand des journalistes vous décrivent comme « les rois de la lumière Made in Charleroi », ça vous flatte ou ça vous énerve ?
Je revendique totalement mes origines. Charleroi est une ville en devenir, une ville où l’on nous pousse à entreprendre, où l’on ne nous met aucun frein. J’ai grandi avec le Rockerill*. C’est là que j’ai appris la musique électronique. Cet univers underground a servi de terreau à notre créativité. Contrairement à d’autres studios basés à Paris, nous avons une qualité de vie et une liberté de ton très enviables. Beaucoup de nos jeunes collaborateurs spécialisés en 2D et 3D sortent de la Haute École Albert Jacquard à Namur. Aujourd’hui, grâce à des studios comme le nôtre, ils ont une perspective d’avenir sans devoir filer chez Pixar. C’est plutôt réjouissant pour eux.

Vos clients sont prestigieux, tout comme vos projets. Qu’est-ce qui vous fait encore fantasmer ?
Nous avons la chance qu’aujourd’hui, nos clients nous donnent totalement carte blanche. Alors, pourquoi ne pas rêver de participer aux Jeux olympiques. Je suis en outre de plus en plus intéressé par la mise en scène. J’aimerais travailler encore davantage sur des projets qui mêlent le « mapping » et des chorégraphies avec de vrais danseurs qui ne soient pas uniquement des personnages virtuels.

*ancienne usine reconvertie en salle de concert et d'expo à Charleroi (B). Lieu culte pour les amateurs de musique alternative.

Interovew de Marie Honnay

Dirty Monitor - Beijing

Dirty Monitor - Bucarest

Dirty Monitor - Macao, Saint-Paul Church

Dirty Monitor - Mons 2015

Dirty Monitor - Ronquières (B)

Dirty Monitor - Ronquières (B)

Dirty Monitor - Shanghai

Plus d'infos

dirtymonitor.com



En collaboration avec

WBDM s'associe à TLmagazine pour promouvoir et diffuser la créativité et le talent belges à l'international. Pour découvrir plus d'articles sur la créativité belge, rendez-vous sur TL Magazine.