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Lison Ferné: un trait engagé Design - 17 mai 2021

Lison Ferné

Française d’origine, basée à Bruxelles où elle a suivi la seconde partie de son cursus artistique, l’illustratrice et auteur de bande dessinée, Lison Ferné, a signé les portraits du livre que WBDM va publier à l’occasion de ses 15 ans. Rencontre avec un talent humble, discret, mais férocement militant.

Vous êtes venue à Bruxelles pour y suivre un cursus en bande dessinée. Qu’est-ce qui vous a fait rester en Belgique ?
D’emblée, j’ai aimé la ville, son état d’esprit, son caractère très cosmopolite, le mélange de langues et de nationalités. Pour moi qui avais hâte de quitter Paris, le côté accueillant de Bruxelles m’a séduite. Pendant mes études, j’ai aussi eu le temps de m’y construire un réseau.

Le monde de l’art, mais aussi de la bande dessinée, reste très masculin. C’est ce qui explique que le féminisme fasse partie de vos thèmes phare ?
En fait, pas vraiment. Avec l’écologie, le féminisme figure au cœur de mon ADN. Ils font partie de moi depuis l’enfance. On pense souvent que le monde de la BD est masculin. Or, dans les écoles, les filles sont très nombreuses. En 2016, lorsque la sélection du festival d’Angoulême avait choqué par son caractère strictement masculin, le nombre des voix qui s’étaient élevées pour dénoncer ce manque de mixité a montré que la nouvelle génération d’auteurs avait l’intention de se faire entendre. Lorsque nous nous rencontrons entre filles lors des salons de la BD, c’est agréable de sentir ce nouveau courant féminin et féministe dont je suis fière de faire partie.

Votre premier album, « La Déesse Requin », vient d’être couronné du prix Artémisia dans la section Écologie, un trophée qui récompense des auteures de bande dessinée. Que signifie ce prix pour vous ?
Dans le secteur de la BD, le travail en amont de la sortie d’un album est très solitaire. Ce prix est donc une manière de me rassurer sur la qualité de mon travail. Je suis également ravie d’avoir été récompensée dans la catégorie « écologie ». C’est un encouragement à continuer à véhiculer des messages très forts par le biais de mon dessin.

Dans le domaine de la mode et du design, on parle beaucoup du retour à l’artisanat. Vous travaillez le noir et blanc, la plume et l’encre de Chine, des médiums qui renouent avec une certaine tradition du dessin.
Ce lien est intéressant, mais je dois avouer que ma démarche est avant tout instinctive. À ce stade, je n’ai pas encore assez de recul pour mettre ma pratique en perspective, mais quel que soit le médium que j’utilise, j’ai besoin de ressentir le contact avec la matière. J’aime le côté sensuel de la feuille de papier, la sensation de la peinture sur la toile...

Quand vous vous êtes penchée sur les illustrations du recueil d’interviews de créateurs et de designers célébrant les 15 ans de WBDM, quelle a été votre réflexion de départ ?
Ce qui m’importait, c’est que ces créateurs soient fiers de leur portrait. J’ai posé beaucoup de questions aux équipes de WBDM pour saisir certains traits de leur personnalité. J’ai aussi voulu ajouter une touche ludique aux dessins en transposant certains éléments de leurs créations dans les motifs de leurs vêtements. 

À l’issue de ce travail, quel regard portez-vous sur la création en Wallonie et à Bruxelles ?
Je suis impressionnée par les parcours très riches de ces créateurs, artistes et designers. Malgré leur niveau d’excellence, on sent chez eux une réelle volonté de ne pas se prendre au sérieux, de conserver dans leur démarche une grande part d’humour et d’accessibilité.

Parlez-nous de vos projets actuels ?
Je travaille sur deux recueils d’illustrations. Le premier a pour thème les créatures fantastiques. Dans le second, il s’agit de figures de sirènes masculines. Ce qui m’intéresse, c’est de porter un regard neuf sur la beauté masculine et de bousculer certains repères classiques.

Pensez-vous que le nouvel engouement pour le dessin et l’illustration soit une réaction à notre monde saturé d’images, de sons, de vidéos ?
Cette question me renvoie à mes cours d’histoire de l’art. Aux prémices de la photographie, les peintres ont pensé que leur art n’avait plus d’avenir. Or, rien ne pourra supplanter la peinture. Je pense que la force du dessin, c’est de nous transporter dans un autre monde, en dehors du réel. Depuis quelques mois, force est de constater que nous en avons clairement besoin.

Interview par Marie Honnay

La Déesse requin, 2020

La Déesse requin, 2020

La Déesse requin, 2020

La Déesse requin, 2020

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Mermay

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